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Nom du blog :
compostellechemin
Description du blog :
Voici retracé ici mon Chemin qui m'a mené de Compostelle à Vézelay en l'année 2000.
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.05.2008
Dernière mise à jour :
02.05.2008
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A Compostelle

A Compostelle

Posté le 02.05.2008 par compostellechemin
Le départ a été pénible.
En voiture je me suis retrouvé dans les embouteillages et ensuite le tramway qui mène à la gare n'arrivait pas. Son retard a failli me faire manquer mon train ! A trois minutes près !

Plus tôt dans la journée, alors que j'étais en train de faire mes préparatifs, un huissier est venu frapper à ma porte. C'était pour me remettre un courrier du Juge aux affaires familiales.
Décidemment jusqu'à la dernière minute ma difficile séparation avec Christine, la mère de ma fille Mathilde, me cause des soucis. La dure réalité me colle aux baskets.
Mais plus rien désormais ne pourra m'empêcher de partir.
Je ne fuis pas, je m'éloigne. Vers Compostelle. En train.

En cette année 2000, année de mes quarante ans, il est devenu vital pour moi de quitter mon quotidien et d'aller « prendre l'air » pour me retrouver face à moi-même.

Je quitte une activité commerciale au sein d'un magasin que j'ai crée il y a treize ans, qui me passionne mais m'accapare complètement. Mes deux employés sauront gérer parfaitement durant mon absence.
J'espère que Mathilde quant à elle supportera bien celle-ci.
Mais je crois que du haut de ses dix ans elle a parfaitement saisie l'importance que cela revêt pour moi.
Et puis mon projet lui donne la fierté de voir son père accomplir ce qui lui semble être un exploit.
D'ailleurs elle a parlé de mon projet à ces copains et copines et m'a remis la veille de mon départ un mot d'encouragement de chacun.
L'un d'eux avait écrit : "Marcher durant deux mois ? Tu es fou, Monsieur !"

Il est 20 h 49 mn. Mon train Tours - Orléans vient de partir.
Ce voyage en train va être long, interminable même. Vingt quatre heures sur les rails pour enfin parvenir
à Compostelle. Compostelle, point de départ de mon chemin.



Mercredi 03 mai
El viaje es muy largo ! (Le voyage est bien long !)

Hier soir à Orléans j'ai attendu deux heures ma correspondance vers Irùn.
Dans la gare, déserte à cette heure tardive, l'ambiance nocturne était plutôt glauque au milieu de jeunes marginaux bruyants et éméchés s'ébattant dans une odeur de tabac froid et d'alcool.
J'ai trouvé le temps long, très long. A peine le train reparti je me suis endormi.

Ce matin à Irùn il fait beau.
Il n'y a que trois wagons qui vont jusqu'à Saint Jacques. Le train se détache lentement.
Puis il se repose durant plus d'une heure avant de bien vouloir repartir.
J'en profite pour aller retirer de l'argent. Au distributeur je prend 10 000 pesetas ignorant quelle somme cela représente. Je vais ensuite faire quelques courses dans une épicerie pour mon déjeuner de midi.

Le train se décide à quitter Irun tranquillement.

Penché à ma fenêtre je réfléchis à mon chemin. A ce qui m'attend.
Je me sens un peu comme un sportif à la veille d'une compétition.
Cela fait longtemps que je le rêve, l'étudie, le prépare, ce chemin !
Pourtant jusqu'au dernier moment j'aurais hésité.
Car faire ce choix de vouloir tourner le dos à Compostelle, lieu de pèlerinage de la Chrétienté depuis près de mille ans n'a pas été une décision facile à prendre. En décidant de revenir à pied de Saint Jacques plutôt que de m'y rendre, comme l'immense majorité des pèlerins d'aujourd'hui, j'ai choisi l'aventure.
Quel accueil va t'on me réserver ? Faudra t-il à chaque pèlerin que je rencontrerais justifier ma (dé)marche ?
Beaucoup d'inconnu, beaucoup de questions m'assaillent et me font douter du sens de mon chemin.

Pourtant hier encore le pèlerinage comprenait un aller et un retour. Et à défaut de pouvoir réaliser celui-ci dans son entier, choisir le chemin du retour plutôt que celui de l'aller ne m'a pas semblé une hérésie.
Au contraire, je me suis aperçu en discutant de mon projet autour de moi que mon chemin de retour pouvait tout autant que l'aller, constituer un pèlerinage.
Mais est-ce véritablement un pèlerinage que j'entreprend ?
En fait je n'ai pas suffisamment de convictions religieuses pour cela. C'est l'une des raisons qui m'ont fait choisir ce chemin de retour. Et puis parmi les autres raisons il y avait le fait que je ne voulais pas me retrouver comme un mouton parmi tant d'autres, suivant le troupeau. Car avec le renouveau du Chemin de Compostelle beaucoup de monde l'emprunte et il devient presque un phénomène de mode.
J'aime trop la marche pour emboîter le pas de la foule que je cherche justement à éviter en prenant ce Chemin.

Il est bientôt midi. Je pioche dans mes courses : Calamares en su tinta, jàmon, una galeta...
Ce repas est... delicioso !
Par la fenêtre j'aperçois la montagne. Mon coeur accélère subitement.
A chaque fois elle m'émeut de la même manière.

Il est 13 h 16. Encore six heures de voyage !
J'inspecte mon sac à dos, histoire de voir si je n'ai rien oublié.
Au prix de gros efforts je suis parvenu à ne pas dépasser le poids de 10,500 kg ! Avec deux litres d'eau !
Au niveau lecture j'ai dû abandonner “Don Quichotte“ au profit du “Cid“ beaucoup moins épais. L'Espagne sera toujours présente. Et Saint Jacques aussi puisqu'il a été surnommé “le Matamore”, le tueur de Maures.
Voici la liste exhaustive de mon chargement au départ :

- sac de couchage polaire très léger
- sac à viande ( drap )
- petit réchaud à gaz
- une gourde 1.8 litre ( sac en plastique avec tuyau )
- une paire de running légère tout-terrain Adidas
- une paire de chaussures de marche Salomon, légère et .. neuve.
- un pantalon long léger de marche Millet
- un short-slip très résistant et léger Patagonia
- un short très léger de course à pied
- trois T.shirts légers Patagonia
- trois Sweat-shirts ( un épais, un moyen, un léger )
- trois paires de chaussettes ( marche et course à pied )
- une casquette Nike
- un coupe-vent génial Patagonia
- un caleçon long chaud (pour dormir )
- un slip ( pour pantalon long )
- une serviette de toilette spécifique ( légère et compacte )

Et puis quelques objets et outils essentiels :
- couteau suisse
- cuillère à café
- des sachets de café instantané
- une boite d'édulcorants (sucre)
- petite brosse pour laver
- lampe frontale
- des sachets de café instantané
- bombe-défense contre les chiens
- une éponge
- un rouleau de P.Q
- une boite d'allumettes
- deux paquets de mouchoirs en papier
- un bouquin : Le Cid
- un cahier de notes
- un topo-guide du Camino Frances
- un téléphone mobile et son chargeur
- un dictionnaire français-espagnol
- deux pellicules photos papier
- une paire de lunettes de soleil
- mon crédential à tamponner ( carte de pèlerin destinée à être tamponner à chaque étape )

Dans ma trousse de toilette :

brosse à dent pliable, dentifrice, 3 rasoirs jetables, 2 savons à tout faire, 4 épingles à linge, 2 échantillons de parfum, 2 compresses, une boite de boule Qiès, 1 tube pommade contre les moustiques, un tube Homéoplasmine ( soins des ampoules ), quelques aspirines à croquer, une boite de vitamines ( Azinc minéraux et vitamines ), un rouleau élastoplaste, un rouleau de sparadrap, quelques cotons-tiges, une pommade contre les tendinites, Lumbalgine,crème hydratante pour visage., petit flacon de lotion “ De Foucault ”

dans ma sacoche de ceinture :
- petit appareil photo Olympus
- jumelles Leitz très compactes
- podomètre


Et puis j'ai aussi mon “ bourdon “. C'est le nom que l'on donne au bâton des pèlerins de Compostelle.
Le mien a une vieille histoire.
Il provient de Conques où j'ai séjourné en vacances durant mon adolescence.
Ignorant tout à cette époque du chemin de Compostelle j'ai curieusement ressenti pour la première fois l'appel de la marche. Je suis reparti seul à pied de Conques avec un beau bâton que mon cousin avait taillé et gravé à mes initiales.
Mais depuis ce jour je n'avais plus jamais repris mon bâton dans mes pourtant nombreuses randonnées.
Il attendait son heure. Depuis plus de vingt ans.

Il est bientôt 16 heures. J'ai dormi.
Le paysage a changé. Montagne très rocailleuse, végétation au vert sombre.
Dans le fond, comme un décor de cinéma, se profilent de très hautes montagnes sévères et enneigées.
Les toits des maisons ne sont plus en tuiles mais en ardoise.
Café, cigarette... Le train roule inexorablement vers l'Océan.
Il avance vers le bout de son chemin, le bout de la terre, Finistera, la Galice, terre celte comme la Bretagne.

16 h 48 : Cerné par les rochers, le train, qui curieusement a maintenant changé de sens, longe une belle rivière et franchit son cinquante deuxième tunnel. Car chaque tunnel porte un numéro à son entrée.
Les montagnes s'humanisent. Gare d'Ourense à 18 h 18.

Et puis enfin, voici cette gare de Compostelle.
Il est 20 heures passés. Il pleut.
Nous ne sommes pas nombreux à sortir du train.
En montant le grand escalier désert et humide de la gare je me remémore quelques mots d'espagnol pour demander une chambre.
Une petite dame avec un parapluie paraît m'attendre en haut de l'escalier.
Effectivement elle vient aussitôt vers moi et me fait comprendre qu'elle s'appelle Marina et veut me louer une chambre. J'accepte sa proposition et .me voici aussitôt parti avec Marina sans savoir où elle me mène.

En fait Marina n'habite pas très loin de la gare. Son appartement est modeste mais la chambre qu'elle me propose est agréable. Visiblement c'est celle de son fils qui a dû quitter la maison.
Je fais connaissance avec Bénédicto, son mari.

Je me demande comment réagiraient Marina et son mari à l'annonce de mon pèlerinage.
Surpris, choqués ?

Après une bonne douche je pars flâner dans le centre de Compostelle.
Des pierres de granit sombres composent de hautes maisons aux façades austères. Des rues étroites, humides et glissantes, tout cela fait irrémédiablement penser à la Bretagne.


Après l'avoir longtemps cherchée, je me retrouve enfin devant la cathédrale de Santiago.
Je n'éprouve aucune émotion particulière. J'essaie pourtant d'imaginer tous ces sentiments mêlés qu'ont dû éprouvés les pèlerins en parvenant ici, parfois au prix de grandes souffrances. Soulagement, joie, satisfaction, rien de tout cela pour moi.
Seulement un profond respect devant l'austère et grand édifice balayée par la pluie.

Sur la grande place déserte de la cathédrale un flûtiste se met à jouer une douce mélodie qui résonne sur le parvis. Impressionné par un sentiment soudain de solitude, je frissonne un peu.
Il est temps d'aller trouver un endroit pour dîner.

Je retourne dans les ruelles animées. Partout il y a foule.
Les bars et les restaurants sont pleins à craquer de consommateurs agglutinés devant des télés. Il y a du foot ce soir.
Etranger à cet enthousiasme débordant j'éprouve du mal à me trouver un endroit pour dîner .
Finalement après un long moment d'errances et d'hésitations j'entre dans un bar.
Derrière son long comptoir trônent des tonneaux en bois.
La télé, perchée au dessus, hurle au milieu des vociférations de chacun.
Tout le monde a un verre de vin ou une tasse de cidre dans une main, une petite assiette dans l'autre.
Je m'assoie à une table et observe un moment le match Bayern de Munich contre Real de Madrid
en attendant que l'on m'amène la carte.
Lorsqu'elle arrive je n'y comprend rien ! Finalement je commande quelque chose au hasard, en montrant du doigt. Un délicieux plat de coques arrive bientôt sur ma table. Affamé, je poursuis mon repas avec une tourte de poisson. Ici on ne sert pas de café aussi je paie ma note et retourne dans les rues froides de Compostelle.
Il y a encore beaucoup de monde. Il est pourtant plus de 22 h 30
Je rentre tranquillement dans mes pénates.]



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